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Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse - Jules Verne - Le Cherche Midi - 1989
En 1859, à l'âge de 31 ans, Jules Verne entreprend avec un ami un voyage de quelques jours en Ecosse et en Angleterre. Le texte qu'il écrivit à la suite de ce voyage, mi-récit, mi-roman, fut refusé par son éditeur. Le manuscrit dormait dans les archives de la ville de Nantes et ne fut publié qu'en 1989.
Jacques Lavaret rêve de visiter l'Ecosse. Son ami Jonathan Savournon a l'opportunité d'obtenir deux places sur un bateau à destination de Liverpool. Les deux amis décident donc de partir à la découverte de l'Ecosse. Nous avons rapidement l'explication du titre du récit "à reculons", car le navire devait initialement partir de Nantes, et nos voyageurs durent se rendre d'urgence à Bordeaux, nouveau port de départ du "Hambourg".
L'itinaire les conduit donc par bateau jusqu'à Liverpool, puis en train jusqu'à Edimbourg. Ils se rendront ensuite à Glasgow, d'où ils feront une excursion dans la région du Loch Lomond, début des Highlands. Au retour ils font une halte à Stirling, puis prennent le train pour Londres et Brighton, pour revenir en France.
Ce récit est très agréable à lire, et encore plus lorsqu'on connait et aime les endroits décrits. Les deux voyageurs débordent d'enthousiasme et de curiosité. Chaque lieu visité est consciensieusement décrit, que ce soit les villes de Bordeaux, Liverpool, Edimbourg et Londres, pour ne citer que celles-ci. L'auteur s'attache à décrire non seulement les habitudes de vie des Ecossais, mais aussi l'architecture des bâtiments, la pauvreté et la pollution des grandes villes industrielles, la nature et le climat, et des détails comme le programme de la représentation de MacBeth à Londres, reproduite dans ses notes. On sent déjà dans ce texte les futurs romans de Jules Verne, son attirance pour l'industrie et les techniques. Il décrit à Glasgow une machine à vapeur dans une charcuterie, dans laquelle entre un cochon vivant qui en ressort sous forme de saucisses ! Le récit est également plein d'humour, notamment en ce qui concerne l'utilisation de la langue anglaise. A lire aujourd'hui, malgré quelques termes qui semblent décalés, comme le gaélique assimilé au bas-breton, ou le port du jupon par les Ecossais, j'ai été agréablement surprise de voir que certaines descriptions collent toujours avec l'Ecosse d'aujourd'hui, comme l'impression que donne le château d'Edimbourg, ou l'atmosphère des lochs et des montagnes des Highlands.
Le récit est truffé de références à Walter Scott, dont les oeuvres ont un grand succès dans l'Europe des romantiques. A n'en pas douter, à la lecture de ce texte, Jules Verne est amoureux de l'Ecosse, de ses habitants et de ses paysages. Il y retourna d'ailleurs quelques années plus tard, à bord de son propre bateau.
Pour terminer, je ne résiste pas à l'envie de citer quelques lignes.
A propos de la musique écossaise et de la cornemuse :
"Le musicien rustique fit entendre une mélodie douce et naïve, simple comme ces chants où s'empreint le sentiment d'un pays, et qui paraissent n'avoir été composés par personne ; ils sont le produit naturel du souffle des vents, du murmure des lacs, du bruissement des feuilles."
A propos de la tenue des gardes du château de Stirling :
" L'habit en drap écarlate est court, et laisse apercevoir les innombrables plis du kilt, sorte de jupon à carreaux, et qui descend jusqu'au genou ; les cuisses sont nues, d'où est venu le proverbe : "on ne peut pas prendre les culottes d'un Highlander"."
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